On a plus 20 ans

Ce week-end, il a fallu amener la Chouette pour une semaine de vacances chez sa grand-mère au fin fond de la montagne vosgienne.

Du coup, avec le Bon Ami, on s’est dit que tant qu’à se faire 5h de route pour rentrer, autant rentabiliser tout ça et mettre une annonce de covoiturage. Avant d’être des parents responsables, on s’est longuement servi du covoiturage comme moyen de transport (c’est un bon moyen de transport pour le pauvre qui n’a pas de voiture, et pas les moyens de se faire plumer en prenant le train). On a même fait un peu de stop (des vrais pauvres jusque bout, je te dis), mais je dois avouer que j’aimais pas trop trop. Je suis un peu une freak de l’organisation et je n’aime pas ne pas savoir à quelle heure je pars ni à quelle heure j’arrive.

Bon, et puis après tu te retrouves avec un bébé qui, au choix (ou pas d’ailleurs), fait des vocalises non-stop pendant 5h de temps/réclame à bouffer toutes les 3h/souille sa couche plus vite que son ombre/appuie en boucle sur le même bouton du livre musical. Et tu te dis que, non, ce ne serait vraiment pas sympa d’infliger ça à des covoitureurs qui n’ont rien demander et qui veulent juste se rendre d’un point A à un point B à moindre frais.
Alors, depuis la naissance de la Chouette, on a abandonné le covoiturage, et on fait nos trajets tous les 3 à notre rythme (à notre rythme, ça veut dire qu’on met environ 6h sur les 3h30 prévues par JohnnyGPS) (cherche pas, le Bon Ami a mis la voix de Johnny pour nous indiquer la route sur le GPS, et BAM, inspiration divine, on l’a appelé JohnnyGPS).

Mais ce week-end, comme on rentrait sans siège bébé, on a mis notre petite annonce, et on a eu vite fait de remplir notre veau (je vous ai déjà dit qu’on a un monospace ET un coffre de toit, et qu’avec un seul enfant, on arrive à être trop chargé?).

Il faut savoir que j’avais gardé un souvenir un peu nostalgique du principe de covoiturage. Au delà de partager un trajet, j’ai souvent eu l’occasion de croiser des gens que je n’aurais jamais rencontré autrement, et j’aime bien l’idée de m’ouvrir un peu à d’autres choses (des restes de mon adolescence hippie sans doute). Excusez-moi, mais ça ne m’arrive pas tous les jours de faire la route avec Frère Jean (oui, oui), jeune prêtre de son état et passionné par sa vocation.

Bon, donc, remplie de ses souvenirs, et pleine d’espoir (et un peu calmée par les moqueries du Bon Ami qui voit surtout dans le covoiturage le moyen de faire une petite sieste pépouze), je retrouve d’abord deux de mes compagnons de route à la gare, et la troisième près des toilettes de chantier d’une sombre station service en travaux (le covoiturage, un espace de rencontre toujours plus glam). Elle nous demande si ça nous gêne pas qu’elle soit accompagnée d’Hubert, son hamster (de toute façon c’est trop tard, on va pas le laisser là sur le bord de la route). On se présente. Je note que mes trois passagers sont tous très jeunes, certainement plus proches de la vingtaine et je me sens un peu comme le Pierre Tchernia du covoiturage. Et puis un long silence (je vous ai déjà dit que le silence social est une des choses qui m’angoisse le plus?). Alors je comble avec des questions stupides. « Et c’est quoi le temps de gestation d’un hamster? ». Re-silence. Et là, BAM, chacun sort son téléphone intelligent (oui, je dis téléphone intelligent et courriel, et alors), et son casque. Et c’en est terminé de toute communication. Je fais les gros yeux au Bon Ami, genre « nan mais ils sont pas gênés, t’as vu » qui pour toute réponse met ses lunettes de soleil sur son nez et ferme les yeux.

Voilà comment se sont à peu près passées les quelques heures de route ensemble. A un moment, la maîtresse d’Hubert le Hamster a enlevé son casque, j’ai cru qu’elle allait me parler, mais en fait non, elle ne devait sans doute plus avoir de batterie. Et, c’était juste au moment où j’avais poussé un peu la radio pour chanter Joe Dassin (Nostaglie forever). Nos regards se sont croisés dans le rétro. Elle a baissé les yeux sur son hamster, j’ai baissé le volume de la radio. Cet échange gêné fut a peu près le seul du trajet.

Et comme ce week-end on doit aller récupérer la Chouette, et qu’on aime vivre dangereusement, on s’est dit qu’on allait mettre une nouvelle annonce.

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Une réflexion sur “On a plus 20 ans

  1. Pfff les gens sont si décevants parfois… Tu devrais peut être préciser « chatty people only ». En même temps c’est peut être la voix de Johnny GPS qui les a décontenancé (en plus de Joe Dassin j’veux dire 🙂 Ouarf ouarf, je me moque mais chuis tellement pas tendance que j’ai jamais fait de covoiturage, j’admire ton open minded attitude!

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