Adagio (2)

La nuit était définitivement tombée sur le port. Pourtant, en cette période de fêtes, c’est comme s’il ne faisait plus jamais vraiment nuit. Les petites lumières qui scintillent dans les vitrines, les guirlandes lumineuses accrochées au flan des bâtisses, les arbres de noël qui clignotent ci et là dans les foyers.

Marie alluma une cigarette. Elle avait fini son service. C’était toujours elle qui fermait la cafétéria, et dans le fond, ça lui était égal. Elle aussi avait connu cette effervescence d’avant les fêtes, elle aussi avait apprécié que quelqu’un d’autre se dévoue pour lui permettre d’être chez elle plus tôt. Et puis, sans savoir vraiment comment, elle était devenue ce quelqu’un. Celle à qui on sait qu’on peut demander de rester tard, celle à qui on propose de travailler les jours fériés. Parce que c’est moins difficile de quitter un foyer vide, non ?

Sans s’en rendre compte, Marie n’avait pas emprunté le chemin habituel pour rentrer chez elle. Ses pensées l’avaient mené dans les petites rues pavées du centre ville. Une foule, bruyante et fourmillante. Des odeurs fortes et épicées. D’un coup, Marie se trouva projeter dans la vie et pour une fois, elle ne put pas faire autrement que de s’y confronter. Elle releva le col de son manteau, accéléra la cadence et fendit la foule avec pour unique but de retrouver la froideur rassurante de son appartement.

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Adagio (1)

J’ai écrit sans savoir vraiment où ça me menait, sans savoir vraiment la forme que je voulais que ça prenne. Mais j’aime l’idée d’avoir ce petit rituel, et de continuer cette histoire un peu chaque jour. Alors, je pose ça là.

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La brume se déposait lentement sur la mer. Elle gagnait du terrain. Il y a encore quelques minutes, on pouvait distinguer la jetée et les mouettes qui virevoltent au dessus des vagues. Désormais, on ne voyait plus que les silhouettes des promeneurs vaillants qui affrontaient le temps maussade pour quelques bouffées d’air frais.

Marie fut sortie de ses pensées par la petite musique de Noël qui se déclenchait à chaque fois qu’un client entrait. Elle réajusta son bonnet de Mère Noël, afficha son sourire le plus commercial et lança son traditionnel « Goeidag. Bonjour ». A force, c’était devenu comme un seul et même mot, prononcé d’une seule traite. « Goeidagbonjour ». Elle avait toujours trouvé que la répétition incessante d’un mot finit par lui enlever tout son sens. « Goeidag. Bonjour ». Ou par lui en donner un autre. « Goeidagbonjour ».

Elle mit la pâte à gaufres dans le moule et attendit qu’elle cuise. Cette odeur bien particulière des gaufres de Liège qui l’avait tant séduite à son arrivée avait fini par l’écoeurer. Peut-être parce qu’elle en avait trop manger. Peut-être parce qu’elle en avait trop senti. Ou peut-être tout simplement qu’on finit forcément par se lasser des choses qu’on aime trop vite et trop fort.

Son collègue passa derrière elle. Sans y prêter attention, il effleura l’épaule de Marie. Le passage était étroit entre le comptoir et les machines à café. Marie frissonna. Ce collègue, elle s’en moquait éperdument. Mais ce contact physique serait certainement le seul qu’elle aurait de son week-end. Alors elle accueillit ce frisson avec plaisir et prit le temps de le savourer.

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